Guide pilier : cluster succession
Succession chez le notaire : guide complet pour heritiers
Tout savoir sur la succession francaise : etapes obligatoires, role du notaire, delais, couts, reserve hereditaire, fiscalite. Guide redige a partir du Code civil, CGI et donnees officielles, mis a jour 2026.
La succession est l’un des actes les plus marquants de la vie civile francaise : elle organise la transmission du patrimoine d’une personne decedee a ses heritiers, encadree par le Code civil, le Code general des impots et la pratique notariale. Le notaire y occupe une position centrale, parfois obligatoire, toujours securisante.
Ce guide pilier presente le cadre complet : l’ouverture de la succession, le role du notaire, l’ordre des heritiers et la reserve hereditaire, les etapes a suivre, les frais et droits, les cas particuliers, et les criteres pour choisir un notaire competent.
Le cadre legal de la succession francaise
La succession est l’ensemble des regles de transmission du patrimoine au moment du deces. Elle s’ouvre au jour et au lieu du dernier domicile du defunt, conformement a l’article 720 du Code civil. A partir de cette date, plusieurs delais commencent a courir : six mois pour deposer la declaration de succession a l’administration fiscale, dix ans pour la prescription de droit commun, trente ans pour la prescription extinctive des biens immobiliers.
Trois sources de droit gouvernent la matiere :
- Le Code civil (articles 720 a 1100), qui definit l’ordre des heritiers, la reserve hereditaire, les regles de partage et les options des heritiers.
- Le Code general des impots (article 777 principalement), qui fixe le bareme des droits de succession dus a l’Etat.
- La pratique notariale, codifiee par le Conseil Superieur du Notariat et publiee dans des actes types reconnus par la jurisprudence.
La succession se distingue de la donation (transmission entre vifs) et du testament (acte unilateral qui exprime les dernieres volontes). Toutefois, ces trois mecanismes peuvent se combiner : un testament peut organiser la succession en respectant la reserve hereditaire, une donation-partage peut anticiper la transmission.
Quand le notaire est-il obligatoire ?
Le notaire intervient obligatoirement dans les situations suivantes :
- Patrimoine successoral superieur a 5 000 euros, ce seuil declenche l’obligation legale d’etablir un acte de notoriete (article 730 du Code civil).
- Presence d’un bien immobilier dans la succession : la mutation de propriete necessite un acte authentique pour la publication au service de la publicite fonciere.
- Existence d’un testament ou d’une donation entre epoux : le notaire en assure la verification et l’execution.
- Contrat de mariage ou PACS : la liquidation du regime matrimonial precede la succession proprement dite et requiert un acte authentique.
- Heritiers a l’etranger ou patrimoine international : la coordination des regimes successoraux nationaux passe par le notaire.
En dehors de ces cas, les heritiers peuvent en theorie regler la succession sans notaire : un certificat d’heredite delivre par la mairie du dernier domicile peut suffire pour des situations simples (un seul heritier direct, patrimoine modeste, pas d’immobilier). Cette possibilite reste minoritaire : meme dans les cas non obligatoires, la securisation des actes par un notaire est fortement recommandee, notamment pour les comptes bancaires importants ou les biens mobiliers de valeur.
L’ordre des heritiers et la reserve hereditaire
Le Code civil organise la succession en quatre ordres d’heritiers (articles 734 et suivants) :
- Les enfants et leurs descendants : ils excluent tous les autres heritiers a l’exception du conjoint survivant.
- Les pere et mere du defunt et leurs descendants (freres, soeurs, neveux, nieces).
- Les ascendants autres que les pere et mere (grands-parents, arriere-grands-parents).
- Les collateraux ordinaires (oncles, tantes, cousins, jusqu’au sixieme degre).
A l’interieur d’un meme ordre, c’est l’heritier le plus proche en degre qui herite. La representation permet aux descendants de venir aux droits de l’heritier predecedant (par exemple, des petits-enfants representent un parent decede).
La reserve hereditaire
C’est l’un des principes les plus protecteurs du droit francais : certains heritiers, qualifies de reservataires, ne peuvent etre prives de leur part de succession (articles 912 et suivants du Code civil). Sont reservataires :
- Les enfants du defunt, en priorite absolue.
- Le conjoint survivant, mais uniquement en l’absence d’enfants.
La reserve depend du nombre d’enfants : la moitie pour un enfant, deux tiers pour deux enfants, trois quarts pour trois enfants ou plus. La partie restante (la quotite disponible) peut etre librement attribuee par testament. Si le defunt a entame la reserve par donation ou legs, les heritiers reservataires peuvent agir en reduction dans les cinq ans suivant la connaissance de l’atteinte (article 921 du Code civil).
Les etapes detaillees du reglement d’une succession
Un reglement type comporte sept etapes structurees :
1. Choix du notaire et constitution du dossier
Les heritiers choisissent librement un notaire. La premiere prise de contact s’accompagne de la transmission des documents essentiels : acte de deces, livret de famille, contrat de mariage du defunt, eventuel testament, releves bancaires recents, titres de propriete immobiliere. Le notaire ouvre un dossier et adresse une lettre circulaire aux organismes bancaires pour identifier les comptes du defunt.
2. L’acte de notoriete
Premier acte officiel, il etablit la qualite d’heritier des personnes appelees a la succession. Il liste les heritiers, leur lien de parente avec le defunt et la part theorique de chacun. Il vaut titre de propriete pour les meubles et permet aux heritiers d’agir au nom de la succession.
3. L’inventaire (optionnel mais recommande)
Lorsque la succession comporte des biens mobiliers nombreux ou de valeur (oeuvres d’art, bijoux, mobilier ancien), un inventaire peut etre dresse par le notaire assiste d’un commissaire-priseur. Il fige la valeur des biens a la date du deces et conditionne notamment l’evaluation fiscale.
4. La declaration de succession
Document fiscal obligatoire depose a l’administration des impots dans les six mois suivant le deces (douze mois si le deces a eu lieu a l’etranger). La declaration recapitule l’actif (biens, comptes, titres) et le passif (dettes, frais funeraires, impots dus). Le notaire la prepare a partir de l’inventaire et des informations bancaires.
5. Le paiement des droits de succession
Calcules selon le bareme de l’article 777 du CGI, les droits dependent du lien de parente avec le defunt et de la valeur recue apres abattement. Les abattements 2026 : 100 000 euros par enfant, 80 724 euros pour le conjoint (exonere depuis 2007), 15 932 euros pour un frere ou une soeur. Le bareme s’echelonne ensuite de 5 a 45 pour cent en ligne directe et atteint 60 pour cent pour les tiers non parents. Le paiement peut etre fractionne ou differe sous conditions strictes.
6. Le partage
Le partage est l’operation par laquelle l’indivision successorale prend fin et chaque heritier recoit la propriete exclusive de sa part. Il peut etre amiable (etabli par acte notarie) ou judiciaire (en cas de mesentente). Le partage amiable est plus rapide et moins couteux mais suppose l’accord de tous les heritiers, y compris les mineurs (avec autorisation du juge des tutelles).
7. La publication aupres des organismes
L’attestation immobiliere ou l’acte de partage immobilier est publie au service de la publicite fonciere. Les comptes bancaires du defunt sont cloturees et leurs soldes vires aux heritiers. Les contrats d’assurance vie hors succession (articles L132-12 et L132-13 du Code des assurances) sont regles directement aux beneficiaires designes.
Les frais et les droits
Les couts d’une succession se decomposent en deux categories distinctes.
Les emoluments du notaire
Ils sont reglementes par decret (Code de commerce, article L444-1 et suivants) et donc identiques d’un notaire a l’autre pour les memes operations. Ils comprennent :
- L’acte de notoriete : environ 60 a 120 euros selon le nombre d’heritiers.
- L’inventaire : 1 a 2 pour cent de la valeur des biens inventories.
- La declaration de succession : honoraire proportionnel a l’actif brut, environ 0,5 a 1 pour cent.
- L’attestation immobiliere : 0,3 a 0,5 pour cent de la valeur des biens immobiliers.
- L’acte de partage : 1 a 1,5 pour cent de l’actif partage.
Au total, les frais notaries representent environ 1 a 3 pour cent de l’actif brut pour une succession standard. S’y ajoutent les debours (taxes, copies, formalites) et la TVA (20 pour cent sur les emoluments).
Les droits de succession
Verses a l’Etat, ils sont calcules selon le bareme du CGI article 777 :
| Lien de parente | Abattement 2026 | Bareme |
|---|---|---|
| Conjoint, partenaire PACS | Exoneration totale | 0 % |
| Enfant ou ascendant direct | 100 000 € | 5 a 45 % |
| Frere ou soeur (sous conditions) | 15 932 € | 35 a 45 % |
| Neveu ou niece | 7 967 € | 55 % |
| Autre parent (jusqu’au 4e degre) | 1 594 € | 55 % |
| Tiers non parent | 1 594 € | 60 % |
Les conjoints survivants et partenaires de PACS sont totalement exoneres depuis la loi TEPA du 21 aout 2007. Les enfants beneficient d’un abattement de 100 000 euros par parent : un enfant peut donc recevoir 200 000 euros (un parent + l’autre apres deces du second) en franchise de droits.
Cas particuliers a anticiper
Succession avec indivision
Tant que le partage n’est pas effectue, les heritiers sont en indivision : ils sont co-proprietaires sans separation materielle des parts. L’indivision est encadree par les articles 815 et suivants du Code civil. Chaque indivisaire peut demander le partage a tout moment ; aucune indivision ne peut etre maintenue contre la volonte d’un indivisaire (sauf clause de maintien dans l’indivision sur cinq ans renouvelable). En cas de mesentente, le partage devient judiciaire et peut prendre plusieurs annees.
Succession a l’etranger
Lorsque le defunt residait a l’etranger ou possedait des biens hors de France, le reglement europeen du 4 juillet 2012 (Bruxelles IV) s’applique pour les pays de l’Union europeenne : la loi successorale est en principe celle de la derniere residence habituelle du defunt, sauf option pour la loi de la nationalite exprimee dans un testament. Le notaire peut delivrer un certificat successoral europeen valable dans tous les pays de l’UE.
Renonciation et acceptation a concurrence de l’actif net
Trois options sont ouvertes aux heritiers (articles 768 et suivants du Code civil) :
- Acceptation pure et simple : l’heritier recoit l’actif et est tenu personnellement des dettes du defunt sur ses biens propres.
- Acceptation a concurrence de l’actif net : protection contre les dettes excedentaires. Necessite une declaration au greffe du tribunal judiciaire et une publicite legale.
- Renonciation : l’heritier est repute n’avoir jamais ete heritier. Sa part est devolue aux autres heritiers de meme rang ou aux suivants.
L’heritier dispose de quatre mois pour choisir, prorogeable. Apres dix ans sans option, il est repute renoncant.
Dettes du defunt et succession deficitaire
Si les dettes excedent l’actif, l’acceptation a concurrence de l’actif net est l’option recommandee : les dettes ne sont remboursees qu’a hauteur de l’actif recu. La procedure exige inventaire, publicite et passage devant le notaire ou le greffe. Une succession vacante (aucun heritier ne s’est manifeste) ou succession en desherence (renonciations en cascade) revient finalement a l’Etat (article 811-1 du Code civil).
Choisir son notaire pour une succession
Le choix du notaire est libre. Aucune obligation de prendre le notaire de la famille du defunt, ni celui designe par testament (sauf clause expresse). Les criteres utiles :
- Specialisation CSN : un notaire titulaire d’une specialisation officielle en droit du patrimoine, en droit de la famille ou en droit international prive (selon le contexte) apporte une expertise verifiable.
- Anciennete de l’office : un office etabli depuis plus de dix ou vingt ans presente une stabilite operationnelle utile.
- Taille de l’office : un office avec plusieurs notaires associes facilite la repartition des dossiers et la continuite en cas d’indisponibilite.
- Sante financiere (BODACC) : l’absence de procedure collective publiee sur les cinq dernieres annees est un signal de fiabilite.
- Langues etrangeres : critique si la succession comporte des heritiers ou des biens internationaux.
Le Guide des Notaires recense l’ensemble de ces criteres factuels publics pour chaque notaire de France et attribue une Note Guide transparente, sur six composantes documentees sur la page methodologie.
Ce que ce guide n’est pas
Ce guide est un document d’information publique redige a partir de sources legales et reglementaires verifiables. Il ne constitue pas du conseil juridique. Chaque succession presente des particularites factuelles (composition de la famille, nature du patrimoine, regime matrimonial, presence de donations anterieures) qui necessitent l’analyse personnelle d’un notaire. Pour toute operation reelle, consultez directement un notaire en exercice.
Pour aller plus loin sur les sujets specifiques abordes ici, consultez les guides pratiques de notre cluster succession : delais, couts detailles, gestion de l’indivision, droits de succession.
Sources citees
Questions frequentes
Le passage chez le notaire est-il obligatoire en cas de succession ?
Le notaire est obligatoire des qu'un acte authentique est requis : succession superieure a 5 000 euros, presence d'un bien immobilier, testament, contrat de mariage, donation entre epoux. Dans tous les autres cas, les heritiers peuvent regler la succession entre eux, mais l'assistance d'un notaire reste fortement recommandee pour securiser les actes.
Combien de temps dure une succession en France ?
Le delai moyen est de six mois a un an pour une succession simple sans contentieux. La declaration de succession doit etre deposee dans les six mois suivant le deces (douze mois pour un deces a l'etranger). Les successions complexes (heritiers a l'etranger, indivision, contestation) peuvent durer plusieurs annees.
Quel est le cout moyen d'une succession ?
Les emoluments du notaire sont reglementes par decret et identiques d'un notaire a l'autre : ils representent environ 1 a 3 pour cent de l'actif successoral pour les actes principaux (acte de notoriete, declaration de succession, partage). S'y ajoutent les droits de succession dus a l'Etat, calcules selon le bareme du CGI article 777 (de 5 a 60 pour cent selon le lien de parente).
Qu'est-ce que la reserve hereditaire ?
La reserve hereditaire est la part minimale d'une succession qui revient obligatoirement aux heritiers reservataires : les enfants en priorite, le conjoint survivant en l'absence d'enfants. Elle est fixee par les articles 912 et suivants du Code civil. Le defunt ne peut pas en disposer librement par testament : seule la quotite disponible (la part restante) peut etre attribuee a une personne de son choix.
Peut-on refuser une succession ?
Oui. Les heritiers disposent de trois options : accepter purement et simplement, accepter a concurrence de l'actif net (protection contre les dettes), ou renoncer entierement. La renonciation est gratuite mais doit etre formalisee au greffe du tribunal judiciaire ou aupres d'un notaire. Elle est irrevocable, sauf pour cause exceptionnelle (article 807 du Code civil).
Comment choisir le notaire pour une succession ?
La loi laisse libre choix du notaire aux heritiers. Il n'y a aucune obligation de prendre le notaire de la famille du defunt. Les criteres de choix utiles : la specialisation CSN du notaire (notamment en droit du patrimoine ou droit de la famille), son anciennete et sa proximite geographique. Le Guide des Notaires recense ces criteres factuels publics et attribue une Note Guide a chaque notaire.