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Guide pratique : cluster succession

Indivision successorale : comment sortir du blocage

L'indivision est la situation post-deces ou les heritiers sont copropriétaires sans separation des parts. Detail du regime, des regles de gestion (articles 815 et suivants du Code civil), des modes de sortie : partage amiable ou judiciaire.

Publie le 8 min de lecture Par le Comite editorial Guide des Notaires

L’ouverture d’une succession place automatiquement les heritiers dans une situation juridique particuliere : l’indivision. Tant que le partage n’est pas realise, chacun detient une quote-part abstraite sur l’ensemble du patrimoine, sans qu’aucun bien ne soit attribue individuellement. Cette periode de cogestion peut durer quelques mois ou s’eterniser pendant des annees, source de blocages parfois douloureux. Cet article detaille le regime juridique de l’indivision et les voies de sortie offertes par le Code civil.

Pour situer cette etape dans la chronologie globale du reglement successoral, consulter le guide complet succession.

Qu’est-ce que l’indivision successorale

L’indivision est definie comme la situation dans laquelle plusieurs personnes sont titulaires de droits de meme nature sur un meme bien ou un meme ensemble de biens, sans que leurs parts soient materiellement separees. En matiere successorale, elle nait automatiquement au deces du defunt, des l’ouverture de la succession, et concerne l’ensemble des heritiers acceptant la succession.

Chaque indivisaire detient une quote-part abstraite (par exemple, un tiers chacun pour trois heritiers a parts egales). Aucun bien precis ne lui appartient en propre tant que le partage n’a pas eu lieu : il est titulaire d’un droit sur la masse globale.

L’indivision prend fin par le partage, qu’il soit amiable ou judiciaire. Tant que celui-ci n’est pas intervenu, le regime est encadre par les articles 815 a 815-18 du Code civil, qui organisent les regles de gestion et les droits de chacun.

Les regles de gestion en indivision

Le Code civil distingue trois categories d’actes selon leur portee, avec des regles de majorite differentes.

Actes conservatoires (article 815-2)

Les actes conservatoires visent a preserver le patrimoine indivis sans engager son avenir. Ils peuvent etre accomplis par un seul indivisaire, sans accord prealable des autres :

  • Reparations urgentes (toiture qui menace ruine, fuite d’eau)
  • Paiement des impots fonciers et taxes
  • Action en justice contre un tiers (recouvrement d’un loyer impaye)
  • Souscription d’une assurance habitation

Cette regle evite les blocages sur les decisions urgentes et protege l’integrite du patrimoine pendant la duree de l’indivision.

Actes d’administration (article 815-3)

Les actes d’administration concernent la gestion courante du patrimoine indivis. Ils exigent une majorite des deux tiers des droits indivis (calcules en valeur, pas en nombre d’indivisaires) :

  • Conclusion de baux d’habitation (hors baux ruraux et commerciaux qui restent soumis a l’unanimite)
  • Engagement de travaux d’entretien
  • Mandat de gestion confie a un tiers
  • Vente de meubles indivis pour payer les dettes ou charges de l’indivision

La regle des deux tiers, introduite par la loi du 23 juin 2006, a considerablement assoupli la gestion courante, qui exigeait auparavant l’unanimite.

Actes de disposition (article 815-3)

Les actes de disposition engagent le patrimoine de maniere definitive ou substantielle. Ils restent soumis a l’unanimite des indivisaires :

  • Vente d’un bien immobilier indivis
  • Constitution d’une hypotheque
  • Donation
  • Bail rural ou commercial
  • Vente du fonds de commerce indivis

Cette regle de l’unanimite explique la plupart des blocages observes en pratique : il suffit d’un indivisaire opposant pour empecher toute vente du bien indivis.

Droits de chaque indivisaire

Chaque indivisaire dispose de plusieurs prerogatives sur le patrimoine indivis, proportionnees a sa quote-part.

Droit d’usage et de jouissance : tout indivisaire peut utiliser les biens indivis, a condition de respecter leur destination et le droit egal des autres indivisaires (article 815-9 du Code civil). En pratique, plusieurs indivisaires ne pouvant occuper simultanement la meme residence, une organisation amiable s’impose.

Droit aux fruits et revenus : les loyers, dividendes, recoltes et autres revenus generes par les biens indivis sont partages entre les indivisaires au prorata de leurs droits, apres deduction des charges (article 815-10).

Contribution aux dettes : symetriquement, les indivisaires supportent les charges de l’indivision (taxes, travaux, assurances, dettes du defunt) au prorata de leurs droits.

Indemnite d’occupation : lorsqu’un indivisaire occupe seul un bien indivis (residence principale du defunt par exemple), il doit verser une indemnite a l’indivision, equivalente a la valeur locative diminuee a hauteur de sa propre quote-part. Cette indemnite est prescrite par cinq ans : il faut donc la reclamer rapidement.

Sortir de l’indivision : trois voies principales

Le principe pose par l’article 815 du Code civil est clair : nul ne peut etre contraint a demeurer dans l’indivision. Trois mecanismes principaux permettent d’en sortir.

1. Le partage amiable (article 824)

Lorsque tous les indivisaires sont d’accord sur le principe et les modalites du partage, la voie amiable est privilegiee. Elle suppose l’unanimite sur :

  • La composition des lots attribues a chacun
  • Les valeurs retenues pour les biens
  • Les soultes (compensations financieres) en cas de lots inegaux

L’acte de partage est obligatoirement notarie s’il porte sur un bien immobilier, en raison de la publication a la conservation des hypotheques. Le notaire procede aux calculs d’attribution, redige l’acte et publie le partage.

Duree typique : 3 a 6 mois apres la fin du reglement de la succession proprement dit. Cout : environ 1 a 1,5 % de l’actif net partage, hors droits de partage.

2. Le partage judiciaire (article 840)

En cas de desaccord persistant entre indivisaires, le partage devient judiciaire. La procedure est lancee par assignation devant le tribunal judiciaire competent, generalement celui du lieu d’ouverture de la succession.

Le tribunal designe un notaire commis qui prepare un projet de partage. Si les indivisaires s’accordent en cours de procedure sur ce projet, le partage devient amiable judiciairement homologue. A defaut, le tribunal tranche et ordonne le partage selon les regles legales.

Lorsqu’un bien ne peut etre commodement partage en nature (un immeuble unique par exemple), le tribunal ordonne sa vente par licitation, c’est-a-dire aux encheres publiques. Le prix est ensuite reparti entre les indivisaires.

Duree typique : 1 a 3 ans, voire davantage en cas d’expertise complexe ou de recours. Cout : nettement plus eleve (3 a 8 % de l’actif), avec honoraires d’avocat obligatoire, emoluments du notaire commis et eventuels frais d’expertise.

3. La cession des droits indivis

Plutot que d’attendre le partage, un indivisaire peut ceder sa quote-part indivise a un autre indivisaire ou a un tiers. Cette operation a pour effet de substituer l’acquereur dans les droits et obligations du cedant.

Toutefois, l’article 815-14 du Code civil instaure un droit de preemption au profit des autres indivisaires lorsque la cession est consentie a un tiers etranger a l’indivision. Le cedant doit notifier son projet aux autres indivisaires (prix, conditions, identite de l’acquereur). Ces derniers disposent d’un delai d’un mois pour exercer leur droit de preemption au prix annonce.

Cette voie permet a un indivisaire de monetiser sa part rapidement, sans attendre le partage global, et reste tres utilisee dans les indivisions bloquees.

La convention d’indivision

Lorsque les indivisaires souhaitent maintenir l’indivision de maniere organisee (heritiers d’une entreprise familiale, patrimoine en gestion locative active), l’article 1873-1 du Code civil prevoit la possibilite de conclure une convention d’indivision.

Caracteristiques principales :

  • Acte ecrit, redige par notaire si le patrimoine comporte un immeuble
  • Duree maximale de 5 ans, renouvelable
  • Designation d’un gerant (indivisaire ou tiers)
  • Definition des regles de gestion, de la repartition des revenus, des conditions de cession des parts

La convention offre une stabilite contractuelle et facilite la gestion quotidienne, en evitant les blocages lies aux regles de majorite par defaut. Elle est particulierement adaptee aux heritiers d’un patrimoine immobilier de rapport ou d’une entreprise dont l’exploitation doit etre poursuivie.

Tableau comparatif des modes de sortie

ModeConditionsDuree typiqueCout typique
Partage amiableAccord unanime des indivisaires3 a 6 mois1 a 1,5 % de l’actif
Partage judiciaireMesentente, blocage1 a 3 ans3 a 8 % de l’actif + honoraires avocat
Cession de droits indivisAcheteur identifie1 a 3 moisDroits de mutation classiques
Vente sur licitationBien indivisible6 a 18 moisFrais d’audience publique + emoluments

Difficultes frequentes en pratique

Plusieurs situations recurrentes compliquent la sortie de l’indivision.

Indivisaire absent ou silencieux : lorsqu’un heritier ne repond pas aux sollicitations, le notaire peut lui adresser une sommation. En cas de silence persistant, le president du tribunal peut autoriser le partage amiable malgre l’opposition de l’absent (article 837 du Code civil).

Indivisaire mineur : la representation par le ou les titulaires de l’autorite parentale ne suffit pas. L’acte de partage doit etre autorise par le juge des tutelles, et un administrateur ad hoc peut etre designe en cas d’opposition d’interets avec les parents.

Indivisaire sous protection juridique (curatelle, tutelle) : l’autorisation du juge des contentieux de la protection est obligatoire, sur la base d’un projet d’acte detaille. Cette etape allonge sensiblement les delais.

Bien occupe par un indivisaire : la fixation de l’indemnite d’occupation est une source frequente de litige. La valeur locative retenue doit etre realiste (eviter les references trop favorables a l’occupant). Une expertise peut etre demandee.

Travaux a engager : si des travaux importants s’imposent (toiture, ravalement) et que la majorite des deux tiers n’est pas atteinte, le president du tribunal peut autoriser leur realisation a la demande d’un indivisaire (article 815-6).

Le role du notaire dans la sortie d’indivision

Le notaire intervient a plusieurs titres :

  • Conseil sur la voie la plus adaptee a la situation (amiable, judiciaire, cession)
  • Redaction de l’acte de partage amiable et publication fonciere
  • Coordination avec le tribunal en cas de partage judiciaire (notaire commis)
  • Calcul des soultes et compensations entre lots
  • Liquidation fiscale du partage (droits de partage, plus-values eventuelles)
  • Conseil patrimonial pour l’apres-partage (reinvestissement, demembrement)

Le choix du notaire revient aux indivisaires d’un commun accord. En cas de desaccord, le notaire qui a regle la succession est generalement designe par defaut.

Les couts du partage

Trois postes de couts s’additionnent lors d’un partage successoral comportant des biens immobiliers.

Droits de partage : 1,80 % calcules sur l’actif net partage (apres deduction du passif), en application de l’article 746 du Code general des impots. Ces droits sont payes au Tresor public au moment de l’enregistrement de l’acte.

Emoluments du notaire : tarif reglemente par decret, degressif par tranches, soit environ 1,5 % de l’actif partage pour un patrimoine de taille moyenne. La part proportionnelle au-dela d’un certain seuil peut etre negociee a la baisse.

Frais de publicite fonciere : environ 0,1 % de la valeur des immeubles partages, pour la formalite de publication a la conservation des hypotheques (devenue service de la publicite fonciere).

Pour un partage immobilier classique, le total cumule se situe entre 3 et 4 % de l’actif partage, hors plus-values eventuelles. Le detail des couts d’une succession est decrit dans le guide complet succession.

Disclaimer

Cet article presente le cadre juridique general de l’indivision successorale en France a la date de redaction. Les situations individuelles peuvent comporter des particularites (regimes matrimoniaux, donations anterieures, conflits familiaux, biens situes a l’etranger) qui necessitent un conseil personnalise. Pour toute decision concrete relative a un partage successoral, la consultation d’un notaire est indispensable.

Sources citees

Questions frequentes

Combien de temps peut durer une indivision successorale ?

L'indivision n'a pas de duree maximale legale. Toutefois, l'article 815 du Code civil pose le principe selon lequel nul ne peut etre contraint a demeurer dans l'indivision : tout indivisaire peut a tout moment demander le partage, sauf convention d'indivision (article 1873-1) qui peut figer la situation pour 5 ans renouvelables.

Que faire si un indivisaire refuse de signer le partage amiable ?

Le partage amiable suppose l'unanimite. En cas de refus persistant d'un indivisaire, deux options : saisir le tribunal judiciaire pour un partage judiciaire (article 840 du Code civil), ou demander au president du tribunal d'autoriser un partage amiable malgre l'opposition d'un indivisaire defaillant ou silencieux apres mise en demeure (article 837).

Un seul indivisaire peut-il vendre le bien indivis ?

Non. La vente d'un bien indivis releve des actes de disposition et exige l'unanimite des indivisaires (article 815-3 du Code civil). Un indivisaire peut en revanche ceder ses droits indivis (sa quote-part), sous reserve du droit de preemption des autres indivisaires (article 815-14).

Quel est le cout du partage successoral ?

Trois postes principaux : le droit de partage de 1,80 % sur l'actif net partage (article 746 du CGI), les emoluments du notaire autour de 1,5 % de l'actif, et les frais de publicite fonciere si le partage porte sur un immeuble. Le total se situe generalement entre 3 et 4 % de l'actif partage pour un partage amiable immobilier.

L'indemnite d'occupation est-elle automatique ?

Non, elle doit etre reclamee. Lorsqu'un indivisaire occupe seul un bien indivis (residence principale du defunt par exemple), il doit une indemnite a l'indivision (article 815-9 du Code civil), correspondant a la valeur locative reduite a hauteur de sa quote-part. Cette indemnite est due pour les 5 dernieres annees (prescription).