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Guide pratique : cluster succession

Droits de succession 2026 : bareme et abattements detailles

Bareme complet des droits de succession 2026 par lien de parente, abattements legaux, calcul de l'imposition, exemples chiffres. Sources : CGI article 777, abattements article 779, exonerations TEPA.

Publie le 9 min de lecture Par le Comite editorial Guide des Notaires

Les droits de succession represented l’un des prelevements les plus significatifs au moment d’une transmission patrimoniale. Comprendre le bareme, identifier les abattements applicables et anticiper le calcul des droits permet d’eviter de mauvaises surprises lors du reglement de la succession. Ce guide expose le mecanisme complet, articles du Code general des impots a l’appui, avec des exemples chiffres verifiables.

Le mecanisme des droits de succession en France

Les droits de succession francais reposent sur quatre principes fondamentaux qui structurent l’imposition de toute transmission par deces.

Imposition per capita. Chaque heritier est impose individuellement sur la part nette qui lui revient. Le calcul ne porte pas sur le patrimoine global du defunt mais sur ce que chaque beneficiaire recoit reellement. Deux heritiers se partageant 400 000 euros payeront donc chacun sur leur quote-part de 200 000 euros, et non sur le total.

Calcul apres abattement personnel. Avant d’appliquer le bareme progressif, l’administration fiscale deduit un abattement dont le montant depend du lien de parente avec le defunt. Cet abattement constitue une franchise : aucun droit n’est du sur la portion qu’il couvre.

Versement au Tresor public via la declaration de succession. Les droits sont liquides et payes au moment du depot de la declaration de succession, qui doit intervenir dans les 6 mois suivant le deces lorsque celui-ci a eu lieu en France metropolitaine (12 mois sinon). Le notaire procede generalement a la collecte et au reversement.

Recoupement avec les donations anterieures. Les donations consenties par le defunt au cours des 15 annees precedant le deces sont rapportees fiscalement pour le calcul des droits (article 784 CGI). Ce mecanisme dit “rappel fiscal” reconstitue les abattements deja utilises et evite le fractionnement artificiel des transmissions.

Pour une vision panoramique du processus successoral incluant les etapes notariales, consulter le guide complet succession.

Les abattements par lien de parente (article 779 CGI)

L’abattement personnel constitue la franchise fiscale appliquee a chaque heritier avant le calcul des droits. Son montant est fixe par l’article 779 du CGI et varie selon le degre de parente.

Lien avec le defuntAbattement personnelArticle CGI
Conjoint marie ou partenaire PACSExoneration totale796-0 bis
Enfant, ascendant direct100 000 euros779 I
Frere ou soeur (sous conditions)15 932 euros779 IV
Neveu ou niece7 967 euros779 V
Autre parent jusqu’au 4e degre1 594 euros788 IV
Tiers non parent1 594 euros788 IV
Personne handicapee (cumulable)159 325 euros supplementaires779 II

L’abattement handicap se cumule avec l’abattement de lien de parente. Une personne handicapee enfant du defunt beneficie donc d’une franchise totale de 259 325 euros (100 000 + 159 325). La preuve du handicap doit etre apportee par une decision officielle (carte d’invalidite, decision MDPH).

Les ascendants directs (parents, grands-parents) du defunt beneficient du meme abattement de 100 000 euros que les enfants. En l’absence de descendance, ils peuvent meme heriter prioritairement selon l’ordre legal des successions defini par les articles 734 et suivants du Code civil.

Bareme detaille en ligne directe (article 777 CGI)

Une fois l’abattement personnel deduit, la part nette taxable est soumise au bareme progressif. Pour les transmissions en ligne directe (entre parents et enfants ou entre grands-parents et petits-enfants), le bareme est le suivant :

Part nette taxableTauxTranche cumul
Jusqu’a 8 072 euros5 %0 a 403,60 euros
8 072 a 12 109 euros10 %403,60 a 807,30 euros
12 109 a 15 932 euros15 %807,30 a 1 380,75 euros
15 932 a 552 324 euros20 %1 380,75 a 108 659,55 euros
552 324 a 902 838 euros30 %108 659,55 a 213 813,75 euros
902 838 a 1 805 677 euros40 %213 813,75 a 575 949,35 euros
Au-dela de 1 805 677 euros45 %

La progressivite signifie que chaque tranche est taxee a son propre taux : une part nette de 200 000 euros ne subit pas un taux uniforme de 20 %, mais une combinaison des taux successifs sur chaque segment.

Bareme pour les autres beneficiaires

Hors ligne directe, les droits suivent des bareme specifiques, beaucoup plus lourds.

Freres et soeurs. Apres l’abattement de 15 932 euros (article 779 IV CGI) :

  • 35 % jusqu’a 24 430 euros
  • 45 % au-dela

Neveux et nieces. Apres l’abattement de 7 967 euros (article 779 V CGI) :

  • 55 % flat sur l’integralite de la part taxable

Tiers et collateraux au-dela du 4e degre. Apres l’abattement minimal de 1 594 euros (article 788 IV CGI) :

  • 60 % flat

Ces taux confiscatoires expliquent pourquoi la planification patrimoniale en faveur de beneficiaires non parents passe systematiquement par d’autres outils : assurance vie, donations etalees, ou structures juridiques dediees.

Exemples chiffres

Trois cas pratiques permettent de visualiser le calcul reel des droits.

Cas 1 : Succession 250 000 euros a 1 enfant unique

  • Actif brut : 250 000 euros
  • Abattement enfant (article 779 I) : 100 000 euros
  • Part taxable : 150 000 euros

Application du bareme progressif :

  • 5 % sur 8 072 euros = 403,60 euros
  • 10 % sur 4 037 euros (de 8 072 a 12 109) = 403,70 euros
  • 15 % sur 3 823 euros (de 12 109 a 15 932) = 573,45 euros
  • 20 % sur 134 068 euros (de 15 932 a 150 000) = 26 813,60 euros

Droits dus : 28 194,35 euros (soit 11,3 % de l’actif brut transmis).

Cas 2 : Succession 800 000 euros a 2 enfants (parts egales)

  • Chaque enfant recoit : 400 000 euros
  • Abattement par enfant : 100 000 euros
  • Part nette taxable par enfant : 300 000 euros

Calcul par enfant :

  • 5 % sur 8 072 = 403,60 euros
  • 10 % sur 4 037 = 403,70 euros
  • 15 % sur 3 823 = 573,45 euros
  • 20 % sur 284 068 = 56 813,60 euros

Droits par enfant : environ 58 194 euros Total preleve par l’Etat : 116 388 euros (14,5 % du patrimoine transmis)

Cas 3 : Succession 150 000 euros a un neveu

  • Actif transmis : 150 000 euros
  • Abattement neveu (article 779 V) : 7 967 euros
  • Part taxable : 142 033 euros
  • Droits 55 % flat : 78 118 euros

Recu net par le neveu : 71 882 euros (47,9 % du legs)

Ce cas illustre la durete du regime applique aux successions hors ligne directe. Un legs en pleine propriete a un neveu fait perdre plus de la moitie de sa valeur aux droits de mutation.

Les exonerations totales

Certains beneficiaires echappent integralement aux droits de succession, quelle que soit l’importance du patrimoine transmis.

Conjoint marie. L’article 796-0 bis du CGI, issu de la loi TEPA du 21 aout 2007, exonere totalement le conjoint survivant des droits de mutation par deces. Aucun plafond ne s’applique.

Partenaire de PACS. Meme regime que le conjoint marie depuis 2007. Le pacte civil de solidarite produit donc les memes effets fiscaux successoraux que le mariage, a condition que le PACS n’ait pas ete rompu avant le deces.

Loi TEPA du 21 aout 2007. Cette reforme dite “TEPA” (travail, emploi, pouvoir d’achat) a introduit l’exoneration totale pour le conjoint et le partenaire de PACS. Avant 2007, le conjoint beneficiait simplement d’un abattement plafonne.

Cumul avec abattements normaux. L’exoneration du conjoint ne reduit pas les droits des autres heritiers. Si un patrimoine de 600 000 euros est partage entre le conjoint (50 %) et deux enfants (25 % chacun), seul le conjoint beneficie de l’exoneration totale. Les enfants conservent leur abattement de 100 000 euros chacun sur leur part de 150 000 euros.

Frere ou soeur sous conditions strictes (article 796-0 ter CGI). Une exoneration totale s’applique aussi aux freres et soeurs reunissant trois conditions cumulatives : etre celibataire, veuf, divorce ou separe ; etre age de plus de 50 ans ou atteint d’une infirmite ; avoir habite avec le defunt de maniere continue pendant les 5 annees precedant le deces.

Comment reduire les droits (legaux)

Plusieurs mecanismes legaux permettent d’alleger la charge fiscale, sous reserve d’anticipation.

Donations anterieures dans les 15 ans. L’abattement de 100 000 euros par enfant se renouvelle tous les 15 ans. Une donation effectuee aujourd’hui permet de transmettre 100 000 euros sans droit, puis a nouveau 100 000 euros 15 ans plus tard. Combinee a un don familial de sommes d’argent (article 790 G CGI) de 31 865 euros, la franchise effective monte a 131 865 euros par enfant et par donateur tous les 15 ans.

Donation-partage. Le partage anticipe entre heritiers presomptifs (article 1075 du Code civil) fige la valeur des biens transmis au jour de la donation. Si l’immobilier prend de la valeur entre la donation et le deces, la plus-value echappe aux droits de succession.

Assurance vie (articles L132-12 et L132-13 du Code des assurances). Les capitaux verses aux beneficiaires designes d’un contrat d’assurance vie ne font pas partie de l’actif successoral. Pour les primes versees avant les 70 ans de l’assure, chaque beneficiaire profite d’un abattement de 152 500 euros (article 990 I CGI), au-dela duquel s’applique un taux forfaitaire de 20 % puis 31,25 % au-dela de 852 500 euros.

Demembrement de propriete. Transmettre la nue-propriete d’un bien en conservant l’usufruit reduit la base taxable. La valeur de la nue-propriete depend de l’age de l’usufruitier au moment de la donation (article 669 CGI). A 65 ans, la nue-propriete vaut 60 % du bien en pleine propriete. Au deces, l’usufruit s’eteint sans droit de succession supplementaire.

Donation au dernier vivant. Aussi appelee donation entre epoux, elle elargit la part du conjoint survivant au-dela des regles legales, jusqu’a la quotite disponible speciale entre epoux. Combinee a l’exoneration totale du conjoint, elle permet de differer la fiscalite jusqu’au second deces.

Le cout succession detail precise comment ces droits s’articulent avec les emoluments notariaux.

Paiement des droits

Le paiement des droits de succession suit plusieurs modalites encadrees par les articles 1701 et suivants du CGI.

Paiement comptant

Reglement integral au moment du depot de la declaration (delai de 6 mois apres le deces). Le paiement s’effectue aupres du service de l’enregistrement competent, generalement via le notaire qui prend en charge la procedure. Le reglement par cheque, virement bancaire ou prelevement est admis.

Paiement fractionne (decret 2008-1015)

Le paiement fractionne permet d’etaler le reglement sur plusieurs annees :

  • Jusqu’a 1 an (3 versements semestriels) pour les successions en ligne directe
  • Jusqu’a 3 ans (7 versements semestriels) pour les autres heritiers
  • Garantie hypothecaire ou caution bancaire exigee
  • Interets au taux legal de l’annee en cours, soit 3,71 % en 2026

La demande de paiement fractionne doit etre formulee lors du depot de la declaration de succession. L’administration apprecie souverainement les garanties offertes.

Paiement differe

Reserve principalement a la transmission d’entreprise sous regime Dutreil (article 787 B CGI) :

  • Differe jusqu’a 5 ans
  • Puis fractionne sur 10 ans supplementaires (soit 15 ans au total)
  • Conditions strictes : engagement collectif et individuel de conservation des titres, exercice d’une fonction de direction

Le paiement differe s’applique aussi aux transmissions de nue-propriete : les droits sont differes jusqu’au deces de l’usufruitier (article 397 annexe III CGI).

Penalites de retard

L’article 1727 du CGI prevoit un dispositif gradue de penalites.

Interets de retard. 0,40 % par mois (4,80 % par an) calcules a compter du premier jour suivant l’expiration du delai de 6 mois. Les interets courent jusqu’au paiement effectif.

Majoration de 10 %. Appliquee si le retard de declaration et de paiement est inferieur a 30 jours apres la reception d’une mise en demeure de l’administration.

Majoration de 40 %. En cas de manoeuvres frauduleuses caracterisees : minoration volontaire de l’actif, dissimulation d’avoirs, faux documents fournis a l’administration.

Majoration de 80 %. Sanction maximale pour dissimulation grave, comptes a l’etranger non declares, ou production de documents falsifies caracterisee par une intention frauduleuse manifeste.

Les penalites s’ajoutent aux droits dus et aux interets de retard. Une declaration de succession ne souffre donc aucune approximation : meme en cas de doute sur la valorisation d’un bien, mieux vaut deposer dans les delais une declaration provisoire qu’attendre la consolidation des chiffres.


Disclaimer. Cet article presente le cadre fiscal applicable aux successions ouvertes en 2026, sur la base du Code general des impots en vigueur. Les bareme et abattements peuvent etre modifies par les lois de finances. Toute situation successorale concrete necessite l’analyse personnalisee d’un notaire ou d’un fiscaliste, seuls habilites a tenir compte des particularites du patrimoine, des liens familiaux et des donations anterieures. Les exemples chiffres sont fournis a titre indicatif.

Sources citees

Questions frequentes

Quel est l'abattement pour un enfant en 2026 ?

L'abattement personnel pour un enfant en ligne directe est de 100 000 euros par parent, conformement a l'article 779 I du Code general des impots. Cet abattement se renouvelle tous les 15 ans en cas de donation anterieure et s'applique sur la part nette taxable avant calcul des droits selon le bareme progressif.

Le conjoint paie-t-il des droits de succession ?

Non. Depuis la loi TEPA du 21 aout 2007, le conjoint survivant marie et le partenaire de PACS beneficient d'une exoneration totale des droits de succession (article 796-0 bis du CGI). Cette exoneration est absolue : aucun plafond, aucune condition de patrimoine.

Combien paie un frere ou une soeur sur une succession ?

Apres un abattement de 15 932 euros (article 779 IV CGI), les freres et soeurs sont taxes a 35 % jusqu'a 24 430 euros, puis 45 % au-dela. Une exoneration totale existe sous conditions strictes : age superieur a 50 ans ou infirmite, celibat, et cohabitation continue avec le defunt pendant les 5 annees precedant le deces.

Comment sont calcules les droits sur une part de 150 000 euros pour un enfant ?

Apres abattement de 100 000 euros, la part taxable est de 50 000 euros. Le calcul applique le bareme progressif : 5 % sur 8 072 euros, 10 % sur 4 037 euros, 15 % sur 3 823 euros, puis 20 % sur 34 068 euros. Total des droits dus : environ 8 194 euros.

Quand faut-il payer les droits de succession ?

Les droits sont exigibles au moment du depot de la declaration de succession, soit dans les 6 mois suivant le deces (12 mois si le defunt est decede hors de France metropolitaine). Un paiement fractionne sur 1 a 3 ans ou differe jusqu'a 5 ans est possible sous garanties, avec interets au taux legal (3,71 % en 2026).