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Plus-value immobilière : fiscalité 2026 et exonérations

Publie le 9 min de lecture Par le Comité éditorial Guide des Notaires

La fiscalité de la plus-value immobilière obéit à un régime spécifique codifié aux articles 150 U à 150 VH du Code général des impôts. Le mécanisme combine une imposition au taux proportionnel et un système d abattement pour durée de détention qui aboutit, dans la majorité des cas, à une exonération totale après 30 ans de détention. Ce guide détaille les règles 2026 applicables aux particuliers.

Champ d application du régime des plus-values immobilières

L imposition prévue à l article 150 U du CGI s applique aux cessions à titre onéreux d immeubles réalisées par les particuliers dans le cadre de la gestion de leur patrimoine privé. Sont concernées les ventes, mais aussi les échanges, les apports en société et toute opération entraînant un transfert de propriété contre une contrepartie.

Le champ couvre :

  • les immeubles bâtis (maisons, appartements, locaux commerciaux détenus en direct)
  • les immeubles non bâtis (terrains à bâtir, terrains agricoles, forêts)
  • les droits immobiliers (usufruit, nue-propriété, droits indivis)
  • les parts de sociétés à prépondérance immobilière (SCI à l IR, sous conditions de l article 150 UB du CGI)

Sont exclus du régime des plus-values privées les biens détenus par des professionnels dans le cadre de leur activité (régime BIC ou BNC). Les loueurs en meublel professionnels (LMP) relèvent également d un régime distinct.

Le calcul de la plus-value brute

La plus-value imposable résulte d une différence entre prix de cession et prix d acquisition, corrigés de certains frais.

Prix de cession

Le prix de cession correspond au prix stipulé dans l acte, diminué des frais à la charge du vendeur :

  • frais de cession (commission d agence si supportée par le vendeur)
  • frais de mainlevée d hypothèque
  • diagnostics obligatoires (DPE, amiante, plomb, termites, électricité, gaz)
  • indemnité d éviction versée au locataire

Prix d acquisition

Le prix d acquisition correspond au prix payé lors de l achat initial, majoré :

  • des frais d acquisition réels (notaire, droits d enregistrement, commission à la charge de l acquéreur), ou d un forfait de 7,5 pour cent du prix d acquisition si plus favorable
  • des dépenses de travaux

Le traitement des travaux suit deux régimes possibles :

  • régime du réel : montant justifié par factures d entreprises (les travaux réalisés par le propriétaire ne sont pas déductibles)
  • régime forfaitaire : 15 pour cent du prix d acquisition, applicable de plein droit si le bien est détenu depuis plus de 5 ans, sans obligation de justifier de travaux réels

Le contribuable peut opter pour le régime le plus favorable. Le forfait 15 pour cent est souvent retenu pour les biens détenus de longue date sans gros travaux justifiés.

Le taux d imposition

L imposition combine deux prélèvements distincts :

ComposanteTauxBase légale
Impôt sur le revenu19 pour centArticle 200 B CGI
Prélèvements sociaux17,2 pour centArticle L. 136-7 CSS
Total36,2 pour centsur plus-value imposable

Les 17,2 pour cent de prélèvements sociaux se décomposent en CSG (9,2 pour cent), CRDS (0,5 pour cent), prélèvement de solidarité (7,5 pour cent).

Surtaxe sur les plus-values élevées

L article 1609 nonies G du CGI institue une surtaxe progressive pour les plus-values imposables supérieures à 50 000 euros :

Plus-value imposableTaux surtaxe
50 001 à 60 000 euros2 pour cent
60 001 à 100 000 euros3 pour cent
100 001 à 150 000 euros4 pour cent
150 001 à 200 000 euros5 pour cent
200 001 à 250 000 euros6 pour cent
Au-delà de 250 000 euros6 pour cent

Cette surtaxe s ajoute au taux de 36,2 pour cent, portant la fiscalité globale à plus de 42 pour cent sur les très grosses plus-values. Elle ne s applique pas aux terrains à bâtir.

L abattement pour durée de détention

L article 150 V du CGI prévoit un abattement progressif fonction de la durée de détention. Deux barèmes distincts s appliquent, l un pour l impôt sur le revenu, l autre pour les prélèvements sociaux.

Barème pour l impôt sur le revenu (19 pour cent)

Années de détentionAbattement annuelAbattement cumulé
0 à 5 ans0 pour cent0 pour cent
6 à 21 ans6 pour cent par anjusqu à 96 pour cent à 21 ans
22e année révolue4 pour cent100 pour cent
Au-delà de 22 ansExonération totale d impôt100 pour cent

Barème pour les prélèvements sociaux (17,2 pour cent)

Années de détentionAbattement annuelAbattement cumulé
0 à 5 ans0 pour cent0 pour cent
6 à 21 ans1,65 pour cent par anjusqu à 26,40 pour cent à 21 ans
22e année révolue1,60 pour cent28 pour cent
23 à 30 ans9 pour cent par anjusqu à 100 pour cent à 30 ans
Au-delà de 30 ansExonération totale prélèvements sociaux100 pour cent

Le décalage entre les deux barèmes explique qu un bien détenu 23 ans soit exonéré d impôt sur le revenu mais reste soumis aux prélèvements sociaux à hauteur d environ 65 pour cent de la plus-value.

Tableau récapitulatif de la fiscalité effective

Durée détentionBase imposable IRBase imposable PSTaux effectif total
5 ans100 pour cent100 pour cent36,2 pour cent
10 ans70 pour cent91,75 pour centenviron 29 pour cent
15 ans40 pour cent83,50 pour centenviron 22 pour cent
21 ans4 pour cent73,60 pour centenviron 14 pour cent
22 ans0 pour cent72 pour centenviron 12,4 pour cent
25 ans0 pour cent45 pour centenviron 7,7 pour cent
30 ans0 pour cent0 pour cent0 pour cent (exonération totale)

Exemple : un bien acquis 200 000 euros et revendu 350 000 euros après 25 ans dégage une plus-value brute de 150 000 euros. Après abattements, la base imposable PS s élève à environ 67 500 euros, soit un impôt d environ 11 600 euros, contre 54 300 euros sans abattement (36,2 pour cent de 150 000).

Les principales exonérations

Résidence principale du cédant (article 150 U II 1 CGI)

L exonération la plus large concerne la cession de la résidence principale au jour de la vente. Le bien doit avoir constitué la résidence habituelle et effective du cédant et de ses dépendances immédiates et nécessaires (garage, cave, jardin attenant). Un seul logement peut être qualifié de résidence principale à un moment donné.

La jurisprudence admet l exonération même si le vendeur a quitté le logement avant la vente, à condition que le bien ait été mis en vente dans un délai raisonnable (en général moins d un an) et que des diligences sérieuses aient été engagées. La résidence secondaire est exclue.

Première cession d un logement autre que la résidence principale (article 150 U II 1 bis CGI)

Sous conditions strictes, la première cession d un logement autre que la résidence principale bénéficie d une exonération si le produit est réinvesti dans l acquisition ou la construction de la résidence principale dans un délai de 24 mois. Le contribuable ne doit pas avoir été propriétaire de sa résidence principale dans les 4 ans précédant la cession. L exonération est limitée à la fraction réinvestie. Une seule cession par contribuable est éligible au cours de la vie.

Cession de faible valeur (article 150 U II 6 CGI)

Les cessions dont le prix n excède pas 15 000 euros sont exonérées totalement. Le seuil s apprécie par bien et non par opération globale. Cette exonération concerne les personnes physiques exclusivement.

Personnes invalides ou retraitées aux ressources modestes (article 150 U III CGI)

Bénéficient d une exonération les titulaires d une pension de vieillesse ou d une carte d invalidité (catégorie 2 ou 3, taux d invalidité supérieur à 80 pour cent), sous double condition :

  • revenu fiscal de référence inférieur à un seuil indexé annuellement
  • non-assujettissement à l impôt sur la fortune immobilière (IFI)

L exonération s applique à une seule cession par période de 4 années.

Expropriation et remembrement

Les indemnités d expropriation pour cause d utilité publique bénéficient d une exonération si l indemnité est intégralement remployée dans l acquisition d un bien de même nature dans un délai de 12 mois. Les opérations de remembrement rural bouclées bénéficient également d un régime de faveur.

Cas particulier : indivision

Lorsque le bien est détenu en indivision, la plus-value se calcule par indivisaire au prorata de ses droits. Chaque indivisaire applique individuellement :

  • son abattement pour durée de détention (qui peut varier si les parts ont été acquises à des dates différentes)
  • son exonération au titre de la résidence principale s il occupe le bien
  • la surtaxe sur les plus-values élevées calculée individuellement

Le notaire établit une déclaration 2048-IMM par indivisaire imposé.

Cas particulier : vente en viager

Le viager combine un bouquet versé à la signature et une rente versée jusqu au décès du crédirentier. Pour le calcul de la plus-value, le prix de cession correspond à la somme du bouquet et de la valeur capitalisée de la rente, évaluée selon les bareme fiscaux (article 150 V CGI et BOI-RFPI-PVI-20-10-20-20). L exonération résidence principale demeure applicable si le vendeur occupait le bien à la signature.

Le rôle du notaire dans la liquidation

Le notaire intervient comme tiers collecteur :

  • calcul de la plus-value brute et application des abattements
  • option entre forfait et réel sur frais d acquisition et travaux
  • rédaction de la déclaration 2048-IMM (cas général) ou 2048-IMM-SD (cessions complexes)
  • prélèvement du montant de l impôt et des prélèvements sociaux sur le prix de vente avant remise du solde au vendeur
  • reversement au Trésor public dans le mois suivant la signature

Cette retenue à la source conditionne la publication de l acte au service de la publicité foncière. Le vendeur conserve un droit de réclamation s il estime le calcul erroné, dans un délai de 2 ans suivant la signature.

Stratégie de détention et timing de cession

La structure de l abattement crée des paliers de fiscalité qui peuvent guider une stratégie patrimoniale :

  • vente avant 6 ans : aucune optimisation possible, 36,2 pour cent sec
  • vente entre 6 et 21 ans : abattement progressif, le taux effectif diminue lentement
  • vente à 22 ans : palier important, l impôt disparaît, le taux passe à environ 12,4 pour cent
  • vente à 30 ans ou plus : exonération totale

Lorsque la cession peut être différée de quelques mois pour franchir un palier, l économie peut atteindre plusieurs milliers d euros. À l inverse, une donation antérieure à la cession peut permettre de transmettre la plus-value latente aux enfants, qui bénéficieront à leur tour des abattements de durée de détention.

L arbitrage entre vendre et donner dépend de la situation familiale, du montant de la plus-value latente et de l horizon patrimonial. Le conseil notarial intègre ces paramètres pour proposer le schéma le plus adapté.

Conclusion

La fiscalité des plus-values immobilières associe un taux nominal élevé (36,2 pour cent) à un mécanisme d abattement qui aboutit, après 30 ans de détention, à une exonération totale. L exonération résidence principale demeure le levier le plus puissant pour les particuliers. Le notaire joue un rôle central, tant dans la liquidation effective de l impôt que dans le conseil préalable à la cession.

Voir le guide complet achat immobilier


Disclaimer : ce guide présente les règles fiscales applicables en 2026 à titre informatif. La détermination précise de la plus-value imposable, des abattements et des exonérations applicables à une situation particulière relève d une analyse au cas par cas. Le notaire en charge de la cession est l interlocuteur compétent pour le calcul définitif et la déclaration auprès de l administration fiscale.


Articles connexes

Sources citees

Questions fréquentes

Quel taux d imposition s applique à la plus-value immobilière en 2026 ? §

Le taux global d imposition de la plus-value immobilière s élève à 36,2 pour cent : 19 pour cent au titre de l impôt sur le revenu (article 200 B du CGI) et 17,2 pour cent au titre des prélèvements sociaux (CSG, CRDS, prélèvement de solidarité). Une surtaxe de 2 à 6 pour cent peut s ajouter au-delà de 50 000 euros de plus-value imposable (article 1609 nonies G du CGI).

Après combien d années de détention l exonération est-elle totale ? §

L exonération totale d impôt sur le revenu intervient après 22 ans de détention. L exonération totale des prélèvements sociaux intervient après 30 ans de détention. Pendant la période 22-30 ans, seuls les prélèvements sociaux restent dûs, avec un abattement annuel de 9 pour cent.

La vente de la résidence principale est-elle imposée ? §

Non. L article 150 U II 1 du CGI prévoit une exonération totale d impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux pour la cession de la résidence principale du cédant au jour de la cession. Le logement doit avoir constitué la résidence habituelle et effective au moment de la vente, ou avoir été quitté depuis moins d un an si les diligences de vente sont réelles.

Comment sont calculés les frais d acquisition déductibles ? §

Les frais d acquisition sont retenus soit pour leur montant réel sur justificatifs (frais de notaire, droits d enregistrement, commission d agence si supportée par l acquéreur), soit pour un forfait de 7,5 pour cent du prix d acquisition. Le forfait s applique en l absence de justificatifs ou si le contribuable l estime plus favorable.

Quel rôle joue le notaire dans la liquidation de la plus-value ? §

Le notaire calcule la plus-value, remplit la déclaration 2048-IMM, prelevee l impôt et les prélèvements sociaux sur le prix de vente avant de régler le solde au vendeur, puis reverse les sommes au Trésor public. Cette retenue à la source sécurise le recouvrement et conditionne la publication de l acte au service de la publicité foncière.